Intervention sur la Proposition de résolution pour rendre justice aux victimes de la répression de la Commune de Paris – mardi 29 novembre 2016

Quand cesserons-nous de vouloir remplacer les historiens ?  Ce n’est pas sans une certaine lassitude que je vous pose cette question…


Il y a plus déjà plus de dix ans, en effet, le collectif « Liberté pour l’Histoire », qui réunissait des historiens français parmi les plus grands, avait lancé un appel sans concession, affirmant que « l’histoire ne devait pas être un objet juridique » et que dans un « Etat libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. ». Puis de poursuivre : « La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire.».

 Ainsi, que serait l’adoption, en ces lieux, d’une proposition de résolution sinon un dévoiement de la fonction législative pour laquelle nous avons été élus ?

Avons-nous à arbitrer une compétition victimaire ou à compartimenter l’histoire ?

N’est-il pas temps d’établir une limite entre commémoration de l’histoire, procédure dans laquelle le responsable politique a toute sa place, et interprétation de l’histoire ?   

L’histoire ne saurait être esclave de l’actualité, ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes.

Aussi bien, si nous devions rendre grâce aux « communards » aujourd’hui, pourquoi ne pas engager, demain, un travail sur les victimes expiatoires de la Terreur sous la Révolution française...?  

On voit bien que le processus est sans fin, ces démarches mémorielles ouvrant la voie à des réinterprétations incessantes de l’histoire à l’aune de critères – moraux, politiques, éthiques – par définition subjectifs et évolutifs.

Chers collègues, vous l’aurez compris : je continue de penser

-         qu’il faut laisser l’histoire aux historiens !

-         qu’on ne doit pas confondre histoire, justice et mémoire !

L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner ; il est là pour comprendre, expliquer, porté par l’exigence, idéale certes, d’impartialité.

Gardons-nous d’une lecture « officielle » de l’Histoire, d’un seul récit écrasant tout et tous sous une seule mémoire : on sait ce qu’il advint de ceux qui s’y prêtèrent, des régimes qu’ils servirent, et auxquels ils furent finalement asservis... Nous pouvons, fort heureusement, compter sur la richesse et la pluralité de nos écoles historiques françaises pour comparer, voire confronter,  les interprétations.

Pierre NORA, éminent historien et auteur d’une œuvre magistrale sur les lieux de mémoires, a lui-même dénoncé l’écueil de ce qu’il appelle la « tyrannie de la mémoire ». Selon ses propres mots, « si l’histoire rassemble, la mémoire divise». On pourrait même parler des « mémoires » au pluriel, tant il en existe dans la mise en compétition des démarches mémorielles. L’histoire, elle, a une vertu thérapeutique en ce qu’elle constitue une des très rares possibilités de conciliation entre mémoires antagonistes. Et cette réconciliation-là ne relève surtout pas du législateur quel qu’il soit.

J’aimerais souligner, ici, qu’il n’est aucunement question de nier la répression de la Commune de Paris qui fût un événement tragique de  notre histoire. Nous refusons simplement une résolution inopportune et, qui plus est, « partisane » (puisqu’émanant d’un parti).

En outre, faut-il rappeler que La Commune de Paris n’est pas absente des programmes d’histoire de l’éducation nationale ?

A l’école primaire, elle fait partie des conflits de la République qu’il est prévu d’aborder.

Au collège, elle est traitée dans le cadre de l’étude des régimes politiques au XIXème siècle ;

Au lycée, si « La Commune » n’est pas explicitement « enseignée », elle est traitée par les professeurs en classe de première lorsqu’est abordé le sujet dit de « l’enracinement de la culture républicaine. »

Chers collègues,

En septembre 1871, Victor Hugo dénonçait avec force la violence et l’injustice de cette répression dans un poème sans concessions : « A ceux qu’on foule aux pieds ».

« Je défends l'égaré, le faible, et cette foule

 Qui, n'ayant jamais eu de point d'appui, s'écroule

 Et tombe folle au fond des noirs événements ;

 Etant les ignorants, ils sont les incléments ;

 Hélas ! combien de temps faudra-t-il vous redire

 À vous tous, que c'était à vous de les conduire,

 Qu'il fallait leur donner leur part de la cité,

 Que votre aveuglement produit leur cécité ;

 D'une tutelle avare on recueille les suites,

 Et le mal qu'ils vous font, c'est vous qui le leur fîtes ».

Par le choix des mots, par sa poésie autant que par la puissance de son engagement, Victor Hugo a déjà contribué à la mémoire des « communards ». Son œuvre, immense, qui appartient - oh ! combien - à notre de notre patrimoine national, vaudra toujours mieux qu’une résolution posthume intervenant près de cent cinquante ans après les faits.

En définitive, parce que nous en récusons le principe, nous ne voterons pas cette proposition de résolution par laquelle le groupe socialiste, avec ses représentants parisiens, prétend s’ériger en gardien de la mémoire.

Michel PIRON

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